ENTREVUE

Prof. Anton Sculean

PROF. ANTON SCULEAN

Anton Sculean, Prof. Dr Méd. Dent., Dr. h.c., M.S. est président du département de parodontologie à l'Université de Berne. Il a acquis son expérience et ses connaissances dans les milieux cliniques et de la recherche de nombreux pays européens. Son travail considérable a été reconnu par de nombreux prix. Ses travaux de recherche sont principalement axés sur la cicatrisation des plaies parodontales, les traitements parodontaux régénératifs et esthétiques, les traitements peu invasifs, les biofilms oraux et l'application du laser en parodontologie. Il participe également à de nombreux comités de rédaction, dont les suivants : Journal of Clinical Periodontology, Clinical Oral Implants Research et PERIO. Il est l'auteur et le coauteur de plus de 160 articles de revues scientifiques spécialisées et a donné plus de 200 conférences dans le cadre de congrès nationaux et internationaux.

Le professeur Anton Sculean ne croyait pas aux bienfaits d'Emdogain au départ – il a d'ailleurs réalisé une étude de 10 ans afin de comparer le traitement de défauts intra-osseux à l'aide de protéines dérivées de la matrice amélaire et/ou de régénération tissulaire guidée,1 dans le but de démontrer l'infériorité d'Emdogain par rapport à la régénération tissulaire guidée (GTR). L'étude comparait quatre options de traitement variées (le débridement avec lambeau ouvert (OFD), Emdogain combiné au OFD, la GTR, et la GTR combinée à Emdogain) dans le traitement de défauts intra-osseux. Nous avons parlé au Professeur Sculean à propos des résultats de cette étude, des raisons pour lesquelles il préconise aujourd'hui Emdogain et de son utilisation du produit au cours des 10 dernières années.

Résultats d'étude

Qu'est-ce qui était à l'origine de cette étude?

Le marché en entier était très différent lorsque nous avons commencé cette étude. Au moment où Emdogain a été lancé, les procédures de régénération tissulaire guidée (GTR) étaient la norme en matière de traitement de défauts parodontaux. Ayant reçu une solide formation en GTR et étant convaincu de sa haute efficacité, mon but était de démontrer l'infériorité d'Emdogain. À cette époque, Emdogain ne faisait pas l'objet d'autant de recherches qu'aujourd'hui et sa place n'était pas encore faite sur le marché. Les résultats de cette étude – ainsi que ceux d'une panoplie d'autres études – m'ont fait voir les choses d'un tout autre œil.

Parlez-nous des constats importants qui selon vous, ont contribué le plus aux conclusions de cette étude.

Dans la présente étude, il est important de préciser que chaque type de traitement a montré des améliorations au niveau de la profondeur de sondage, tant à court terme qu'à long terme. La priorité absolue de tout clinicien devrait être de simplement traiter le patient. L'un des principaux constats fut l'efficacité équivalente d'Emdogain par rapport à la GTR seule en comparaison avec la situation initiale. C'est alors que j'ai changé d'avis par rapport à ce produit qui a l'époque était relativement nouveau sur le marché. Les données obtenues sur 10 ans ont montré que cette amélioration n'était pas simplement une amélioration à court terme mais qu'elle était durable. L'amélioration positive ainsi observée quand Emdogain était ajoutée à l'intervention chirurgicale de défauts intra-osseux s'est avérée prévisible.

L'utilisation de nouvelles technologies comporte ses avantages et ces derniers doivent être pris en considération lors du choix de traitement. Il est toutefois aussi important d'examiner les résultats de cette étude dans un contexte d'ensemble de preuves. Cette étude faisait partie d'une série d'études comprenant des preuves histologiques et cliniques. Devant toutes ces preuves, nous avons vu qu'Emdogain comportait ses forces et qu'il méritait considération dans le traitement de maladies parodontales.

Toutes proportions gardées, cette étude a montré une amélioration notable au niveau de l'état du patient, et ces résultats ont été maintenus sur une longue période de temps (10 ans). Pour arriver à ces résultats, la sélection des patients était un élément crucial. Les patients devaient satisfaire les exigences par rapport aux indications (c.-à-d. non-fumeur) et être prêts à collaborer (c.-à-d. nettoyage régulier, visites de suivi pour le contrôle de la plaque). Toutes les approches ont affiché des résultats stables après 10 ans mais l'utilisation de technologies avancées comme Emdogain a montré des résultats supérieurs par rapport à la pratique de l'intervention chirurgicale seule (dans ce cas précis, un débridement à lambeau ouvert).

Selon votre expérience, de quel autre facteur un clinicien, qui envisage l'utilisation d'Emdogain, devrait-il tenir compte?

De nombreuses études ont démontré que l'ajout d'Emdogain à la procédure chirurgicale favorisait la régénération du ligament parodontal. Et cela s'ensuit par une régénération de l'os du patient, qui a alors de meilleures chances de garder ses dents. Les résultats sont similaires à ceux de la GTR mais la douleur et l'enflure sont moins présentes.2 J'ai également observé une amélioration de la cicatrisation des plaies parodontales chez mes patients. Ces résultats ne peuvent qu'entraîner une plus haute satisfaction des patients et une meilleure réceptivité par rapport aux traitements parodontaux. Dans cette étude, nous avons observé que la combinaison GTR (membrane) + Emdogain ne donnait pas de meilleurs résultats que l'utilisation d'Emdogain seul, démontrant ainsi qu'il n'est aucunement nécessaire d'ajouter une membrane à cette procédure.1

Parlez-nous de votre expérience avec Emdogain aujourd'hui – plus de 10 ans après les débuts de cette étude.

J'utilise Emdogain dans de nombreuses indications – défauts intra-osseux, furcations, récession gingivale (Miller de classe I, II & III). Pour les défauts plus larges, je l'utilise en combinaison avec des matériaux de régénération osseuse et/ou des greffes de tissu conjonctif (CTG). Sur le plan clinique. j'ai observé de meilleurs résultats lorsque je mélangeais du matériau de greffe osseuse avec Emdogain. J'utilise maintenant toujours cette combinaison de matériaux pour traiter les défauts plus larges.

Avec le temps et l'expérience, nous avons ajusté notre technique chirurgicale en conséquence. Ce produit est somme toute, facile à utiliser mais une courbe d'apprentissage est quand même présente. Plusieurs facteurs doivent être considérés, notamment la sélection des patients (c.-à-d. non fumeurs), l'analyse des patients (c.-à-d. indice de saignement ou de plaque), la préparation chirurgicale, l'approche chirurgicale et le suivi.

La bonne sélection des patients est la clé du succès. Si le patient n'est pas prêt à changer ses habitudes de vie (par ex. un gros fumeur), le succès sera compromis. La préparation du patient est critique – en fait, je n'effectue pas le traitement Emdogain avant qu'une période de 6 mois se soit écoulée après le premier nettoyage et le traitement aux antibiotiques.

D'un point de vue technique, nous nous en allons vers des modèles de lambeaux plus petits à mesure que nous prenons de l'expérience avec les différents cas. La technique de suture s'est également améliorée, nous permettant de mieux stabiliser la plaie, qui se traduit par des résultats améliorés.

Dans le cadre de ma pratique, j'ai observé une meilleure cicatrisation des plaies parodontales lorsque j'emploie Emdogain. J'ai aussi beaucoup moins de complications post-opératoires lorsque je traite un patient avec Emdogain en comparaison à une membrane.3 J'ai l'impression qu'Emdogain a un effet plus large que seule la régénération du ligament parodontal.

Expliquez-nous en quoi les données à long terme ont de l'importance pour vous.

D'un point de vue clinique, les données les plus importantes sont les données à long terme puisque l'efficacité du traitement est ainsi démontrée. Notre premier objectif est de sauvegarder la ou les dents du patient tandis que le deuxième est de prolonger cette sauvegarde le plus longtemps possible. Rien au monde n'est mieux que ce que la nature a créé. Notre priorité absolue devrait donc être de sauvegarder la dent naturelle et de veiller à ce qu'elle reste fonctionnelle. Si nous avons confiance que les traitements que nous prodiguons à nos patients seront durables, nos patients aussi auront confiance et seront plus enclins à accepter le traitement.

Par quel(s) moyen(s) croyez-vous que les résultats à long terme d'Emdogain auront une influence sur la spécialité de la parodontie.

Comme nous l'avons déjà dit, plusieurs facteurs peuvent avoir une incidence sur les traitements. Emdogain nous appuie en réussissant la plus grande partie, qui est d'aider les patients à garder leurs dents en place et fonctionnelles le plus longtemps possible.


1Sculean A, Kiss A, Miliauskaite A, Schwarz F, Arweiler NB, Hannig M. Ten-year results following treatment of intra-bony defects with enamel matrix proteins and guided tissue regeneration. J Clin Periodontol. 2008 Sep;35(9):817-24.

2Jepsen S, Heinz B, Jepsen K, Arjomand M, Hoffmann T, Richter S, Reich E, Sculean A, Gonzales JR, Bödeker RH, Meyle J. A randomized clinical trial comparing enamel matrix derivative and membrane treatment of buccal Class II furcation involvement in mandibular molars. Part I: Study design and results for primary outcomes. J Periodontol. 2004 Aug;75(8):1150-60.

3Sanz M, Tonetti MS, Zabalegui I, Sicilia A, Blanco J, Rebelo H, Rasperini G, Merli M, Cortellini P, Suvan JE. Treatment of intrabony defects with enamel matrix proteins or barrier membranes: results from a multicenter practice-based clinical trial. J Periodontol. 2004 May;75(5):726-33.